Selon des scientifiques, Alzheimer est probablement un ensemble de maladies qui doivent être classifiées et traitées séparément.

 Selon des scientifiques, Alzheimer est probablement un ensemble de maladies qui doivent être classifiées et traitées séparément

Jérusalem, 3 novembre 2015 — Après avoir déchiffré le mécanisme qui sous-tend le développement de la maladie d’Alzheimer dans certaines familles et pas dans d’autres, des chercheurs de la Faculté de médecine de l’Université hébraïque de Jérusalem suggèrent que la maladie est en fait un ensemble de maladies qui devraient probablement être traitées avec des approches multiples et différenciées.

Les maladies neurodégénératives sont des pathologies incurables et invalidantes qui se traduisent par la dégénérescence ou la mort des cellules du système nerveux. Des pathologies comme les maladies à prions (dont la plus célèbre est la « maladie de la vache folle »), la maladie d’Alzheimer et la maladie de Parkinson ont deux grandes caractéristiques en commun : elles surviennent à la suite d’un repliement et d’une agrégation aberrants des protéines et se déclarent tard dans la vie. Ces maladies surviennent soit sporadiquement, soit en tant que maladies familiales liées à des mutations (certaines maladies à prions peuvent aussi être infectieuses).

La plupart des cas sporadiques sont diagnostiqués après soixante-dix ans, alors que les cas familiaux se manifestent généralement entre cinquante et soixante-dix ans. Même s’ils relativement rares, les cas liés aux mutations sont très importants car ils fournissent des pistes permettant de déchiffrer les mécanismes qui sous-tendent le développement de la maladie.

La survenue tardive, typique de différentes maladies neurodégénératives, et les profils communs d’émergence de ces maladies au fil du temps posent deux questions : premièrement, pourquoi les individus porteurs des mutations liées aux maladies ne déclarent-ils des signes cliniques qu’à partir de cinquante ou soixante ans ? En outre, pourquoi des maladies apparemment distinctes ont-elles un profil commun d’apparition des symptômes au fil du temps ?

L’une des explications est qu’avec le vieillissement, les mécanismes qui protègent les personnes plus jeunes de l’agrégation toxique des protéines deviennent moins efficaces, les exposant alors à la maladie. En effet, des études précédentes indiquent clairement que le processus de vieillissement joue un rôle crucial, en permettant aux troubles neurodégénératifs de se déclarer tard dans la vie.

Ce résultat pose la question des mécanismes qui sont régulés négativement par le vieillissement et permettent à la neurodégénérescence de se développer chez les personnes âgées.

Puisque les troubles neurodégénératifs sont dus à un repliement aberrant des protéines, une équipe de recherche internationale, dirigée par le Pr. Ehud Cohen et le Dr Tziona Ben-Gedalya à l'Institute for Medical Research Israel – Canada (IMRIC) à la Faculté de médecine de l’Université hébraïque, ont fait l’hypothèse qu’une baisse liée au vieillissement de l’activité des protéines qui aident les autres protéines à se replier correctement pourrait être l’un des mécanismes qui exposent les personnes âgées à la neurodégénérescence.

Pour identifier ces mécanismes, ils ont cherché à identifier des profils de mutation semblables pour différentes protéines, liés au développement de troubles neurodégénératifs distincts. Leurs recherches ont démontré que le développement de la maladie d’Alzheimer dans certaines familles, ainsi que celui d’une maladie à prions familiale dans d’autres, est dû à des schémas de mutation très semblables.

Grâce à cette découverte, ils ont pu déterminer que le dysfonctionnement de la protéine « cyclophiline B », qui aide les protéines en création à acquérir leur structure spatiale correcte, est responsable de la manifestation des deux maladies. Ils ont aussi caractérisé de façon exhaustive le mécanisme sous-jacent du développement de la maladie d’Alzheimer chez les individus porteurs de ces mutations et en concluent que ce mécanisme ne permet pas d’expliquer la survenue de la maladie chez les patients porteurs d’autres mutations liées à Alzheimer.

Selon le Dr Ehud Cohen : « Cette étude nous apprend de nouveaux faits importants : premièrement, elle démontre que le développement de troubles neurodégénératifs distincts est provoqué par un mécanisme semblable. De façon plus importante, elle indique que la maladie d’Alzheimer peut résulter de plusieurs mécanismes, ce qui laisse entendre que nous sommes face à un ensemble de maladies qu’il s’agit de classifier. »

Les nouvelles connaissances tirées de cette étude pourraient renforcer les efforts visant à développer de nouvelles thérapeutiques pour les différents sous-types de la maladie d’Alzheimer, offrant ainsi un nouvel espoir à ceux qui souffrent de cette maladie incurable et à leurs familles.

Le Dr Ehud Cohen ajoute : « Notre étude indique que les échecs dans le développement de thérapeutiques efficaces contre Alzheimer sont dus au fait que, dans les expériences cliniques, on regroupe des patients qui souffrent de pathologies distinctes qui provoquent finalement les symptômes d’Alzheimer. Il est donc essentiel de caractériser et de classifier avec soin les mécanismes sous-jacents de la maladie d’Alzheimer, pour permettre de développer de nouveaux traitements qui puissent être prescrits à chaque patient selon le sous-type de la maladie qui les concerne. »

Les co-auteurs de l’article sont, entre autres, chercheurs à l’Institut des sciences dentaires de la Faculté de médecine dentaire à l’Université hébraïque de Jérusalem ; au Département de physiologie et de pharmacologie de la Faculté Sackler de médecine à l’Université de Tel Aviv ; au Département de biochimie et de biologie moléculaire de la Faculté Wise des sciences du vivant à l’Université de Tel Aviv et à la Bone and Extracellular Matrix Branch, NICHD, National Institutes of Health (NIH), USA.

L’étude a été soutenue par la Fondation Rosalinde et Arthur Gilbert (AFAR), le Conseil européen de la recherche, l’Institut national de psychobiologie d’Israël (NIPI) et l’Israel Science Foundation.

L'Institute for Medical Research-Israel Canada (IMRIC), à la Faculté de médicine de l’Université hébraïque de Jérusalem, est l’une des organisations de recherche biomédicale les plus innovantes en Israël et dans le monde. L’IMRIC rassemble les esprits scientifiques les plus brillants pour trouver des solutions aux plus graves problèmes médicaux du monde, grâce à une approche pluridisciplinaire de la recherche biomédicale. Plus d’informations sur http://imric.org. L’Université hébraïque de Jérusalem est la principale institution universitaire et de recherche en Israël et produit un tiers de toute la recherche civile en Israël. Pour plus d’informations, visitez http://new.huji.ac.il/en.

CITATION : Alzheimer's disease-causing proline substitutions lead to presenilin 1 aggregation and malfunction. Tziona Ben-Gedalya, Lorna Moll et al. The EMBO Journal. 10/2015; DOI: 0.15252/embj.201592042

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