Le Terrorisme est-il démoralisant? L’expérience israélienne montre que non.

Les Israéliens se rappellent de la deuxième Intifada, qui a débuté en Septembre 2000 et a duré une demi-décennie, comme une période sombre du terrorisme et des attentats suicides. Pourtant, une nouvelle recherche de l'Université hébraïque de Jérusalem estime qu’étonnamment, le terrorisme n’a eu pratiquement aucun impact sur le niveau de satisfaction de vie des Israéliens, selon les enquêtes basées sur des auto-évaluations menées à l'époque.
 
Cette recherche a été menée par le Dr Asaf Zussman du Département d’Economie de l'UHJ, en association avec des chercheurs du Bureau Central de Statistiques d'Israël (CBS) et de la Banque d'Israël. Le rapport, “Le Terrorisme est-il démoralisant? Preuve d'Israël”, a été publié dans l'édition de Janvier 2012 de la revue Economica.

Le Dr. Zussman a analysé des enquêtes menées par le Bureau Central des Statistiques de 2002 à 2004 faites parmi environ 22.000 Israéliens. Chaque année, les enquêteurs ont posé à un groupe différent d’environ 7.000 personnes une dizaine de questions, y compris "Dans l'ensemble, êtes-vous satisfait de votre vie?"

Les enquêtes ont montré que le niveau de satisfaction - basé sur une auto-évaluation - des juifs Israéliens est resté stable malgré l'évolution des niveaux de terrorisme. En 2002, considérée comme l'année la plus violente de la deuxième Intifada, 82,9% des Israéliens ont déclaré qu'ils étaient «très satisfaits» ou «assez satisfaits» de leur vie; en 2003,  une année qui était plus calme, 81,7% des Israéliens ont exprimé leur satisfaction, et dans l'année suivante pourtant encore plus calme, le pourcentage était de 82,4%.

«Cette recherche montre que le niveau de satisfaction de vie des Israéliens est moins affecté par la terreur que nous ne le pensons", déclare le Dr Zussman. "Même en 2002, à l'apogée de l'Intifada, les citoyens israéliens étaient suffisamment contents de leur vie pour se classer en bonne position en comparaison avec ceux d'autres pays occidentaux."

D'autre part, la satisfaction de vie des arabes Israéliens – basée sur une auto-évaluation-  affiche au contraire une forte réaction négative au terrorisme. Les chercheurs ont suggéré que cela pouvait être lié à des préoccupations croissantes concernant la discrimination en réponse aux attaques terroristes.

L'étude a révélé que, bien que le terrorisme n’ait pas modifié significativement les niveaux de bonheur, il en est par contre le cas de la météo. Les gens disent être moins heureux durant les périodes de temps exceptionnellement mauvais que durant d'agréables journées ensoleillées.

Selon le Dr Zussman, une explication possible à cet effet minime du terrorisme, est la confiance du public dans la stratégie du gouvernement pour vaincre le terrorisme: «Au cours de l'Intifada, et surtout depuis le printemps 2002, la stratégie de lutte contre le terrorisme en Israël a fait ses preuves, réduisant ainsi le terrorisme palestinien. Cela pourrait expliquer pourquoi les Israéliens n'ont pas été démoralisés. Aussi, au fil des ans l'opinion publique israélienne a développé une résilience et a réussi à s’adapter au terrorisme, avec la conviction que le terrorisme est une situation temporaire et que les choses iront bientôt mieux."

L'étude soulève des doutes quant à l'efficacité du terrorisme dans la réalisation de l'un de ses principaux objectifs - démoraliser la population ennemie. "Le terrorisme est un instrument politique destiné tout d'abord à créer un état de démoralisation psychologique chez l'ennemi, mais il semblerait que ce ne soit pas aussi efficace qu'on pourrait le croire," dit le Dr. Zussman.