Yuval Shany : "Le populisme accentue la tyrannie de la majorité

Le professeur Yuval Shany, ancien doyen de la faculté de droit (2012-2016) et directeur du Programme cyber legal, quittera bientôt le Comité des droits de l’homme des Nations Unies formé de 18 experts du monde entier. Il en fut, tour à tour, simple membre, président et vice-président. La mission de ce comité - à ne pas confondre avec le très politique Conseil des droits de l’homme des Nations unies - est d’observer la situation des droits de l’homme dans les 173 pays signataires du Pacte international des droits civils et politiques (1976) et de faire des recommandations en cas de dérapage.

Le professeur Yuval Shany a le sentiment d’avoir œuvré pour le bien de l’humanité. « Dans un cas sur quatre, les Etats se mettent en conformité. Cela peut sembler peu, mais en fait nombres de nos recommandations finissent par être appliquées. C’est un long processus, qui prend parfois des années, que ce soit sous pression des médias, des ONG ou parce que le pays évolue, mais finalement, nous améliorons significativement la vie de millions de gens dont les droits étaient bafoués », explique-t-il en affichant un large sourire. Cela a notamment été le cas pour le droit à l’objection de conscience en Corée du sud.

Mais, il est inquiet face à la montée du populisme. « Il accentue la tyrannie de la majorité et laisse donc très peu de place aux droits de l’homme, qui reflètent l’idée qu’une société juste doit être construite sur la protection de tous, et pas seulement de la majorité. » Pour lutter contre ce phénomène, la Fondation allemande Alfred Landecker vient d’annoncer un don de 13 millions de dollars à l’Université hébraïque de Jérusalem dédié à la recherche sur les droits de l’homme et la protection des minorités.