UHJ-France : 60 ans au service de l’Université

 

L’UHJ-France, succédant à l’AFAUHJ, fête ses 60 ans. Philippe Nahmias, membre du Comité depuis 1983, et fils de l’un des fondateurs de l’Association, nous en raconte l’histoire.

Au premier jour, ils étaient sept ; joli chiffre pour fonder une association juive destinée à contribuer au développement de l’Université hébraïque de Jérusalem. C’était il y a soixante ans, le 6 janvier 1958, l’Association des Amis Français de l’Université de Jérusalem (AFAUJ) déposait ses statuts à la Préfecture.

A l’origine, deux cousins, tous deux originaires de Salonique. Dans les années 1950, l’un habite Jérusalem, l’autre Paris. Le premier, Ino Sciaky, est dentiste, le second, Elie Nahmias, n’accepte d’être soigné que par son cousin, lequel refuse systématiquement tout règlement pour les soins prodigués. Jusqu’au jour où … Ino, nommé doyen de la faculté dentaire de l’Université hébraïque de Jérusalem, confie à Elie : « En fait, je suis à la tête d’une Fac qui n’existe pas ! Peut-être que toi et tes amis français pourriez nous aider à la bâtir. »

Philippe Nahmias, vétéran du Comité de l'UHJ-France, dans son bureau parisien.

 

Très vite, Elie Nahmias réunit six responsables de la communauté pour créer l’AFAUJ. Guy de Rothschild en sera le premier Président, Claude Kelman le vice-président et Elie Nahmias le Trésorier, aux côtés d’Alec Weisweiller, Jacques Eisenmann, André Blumel et Louis Simon Domb. « L’époque était favorable, remarque Philippe Nahmias, fils d’Elie. Les gens et notamment ceux qui avaient perdu un proche durant la Shoah étaient très motivés pour donner à Israël et les relations franco-israéliennes étaient au zénith ce qui facilitait la collecte de dons. Enfin, il n’y avait pas la concurrence qui existe aujourd’hui. » Assez vite, l’Université demandera à l’AFAUJ de financer des résidences universitaires. Elie Nahmias convainc son frère Marcel de se lancer dans l’aventure. Celui-ci accepte sous réserve que le bâtiment comporte un centre culturel dédié notamment à la culture française. Le projet colossal de la Maison de France prend forme. Marcel Nahmias, ancien résistant, obtient le soutien d’André Malraux et du gouvernement français. Mais, à peine ébauché, le projet subit deux chocs majeurs : l’arrivée des rapatriés d’Algérie en 1962 – dès lors les dons privés juifs seront largement utilisés au sein de la communauté juive française aux dépens des causes extérieures - et la Guerre des Six Jours. « La guerre de 1967 a eu des conséquences désastreuses pour le projet : le gouvernement français s’en est retiré ce qui a entraîné le retrait symétrique du gouvernement israélien et la disparition des fonds publics de part et d’autre, la faculté de lettres a quitté Guivat Ram pour le Mont Scopus et enfin la chute du nombre d’étudiants en Français », explique Philippe Nahmias, membre de l’Association depuis 1983, qui est donc le vétéran au sein du comité de soutien de l’UHJ-France.

Cependant, l’inauguration en avril 1972 en présence notamment de Shimon Pérès et Louis Joxe, fut un grand moment. A cette occasion, Raymond Aron, consacré Docteur Honoris Causa de l’université, donna une conférence sur « La futurologie : science ou idéologie ? » Une réflexion qui reste d’actualité. Placée dans le cadre d’un jumelage entre Paris et Jérusalem, l’inauguration permit aussi à une troupe de la Comédie Française, dirigée par Pierre Dux, de venir jouer quelques saynètes à la Maison de France et de donner une représentation des Fausses confidences de Marivaux dans le tout nouveau théâtre national.

« La Maison de France constitue la réalisation purement française la plus importante de l’Université Hébraïque, mais malheureusement elle n’a jamais connu la notoriété et le succès qui lui étaient promis », confie Philippe Nahmias à regret qui s’est lui-même souvent battu pour tenter de réhabiliter ce bâtiment. « Pourtant, on avait un atout énorme, un amphi de 180 places, une taille unique sur le campus de Givat Ram jusqu’à la construction du nouveau bâtiment de l’ELSC consacré à la recherche sur le cerveau inauguré en 2017. »

Aujourd’hui, la Maison de France appartient à l’université qui l’utilise à sa convenance, mais les Fonds Pierre Koenig et Joseph Nahmias, destinés à assurer la maintenance de l’établissement, restent sous le contrôle de membres de l’UHJ-France. Placés, ces Fonds produisent annuellement des intérêts qui servent à financer aussi bien des bourses de recherche que des conférences données par des professeurs français.

Inauguration en avril 1972 en présence notamment de Raymond Aron, Louis Joxe et Shimon Pérès.

 

Pour Philippe Nahmias, l’engagement au sein de l’UHJ-France comporte des moments de grâce. A une époque, il s’en était éloigné, mais il a réintégré le Comité de soutien en 2012 à la suite du Gala Scopus dont l’invité d’honneur était Philippe Labro. « Pour moi c’est un point d’orgue. Cette soirée, belle et sobre à la fois, correspondait exactement à ce que j’attends de cette association. La soirée consacrée à Jean d’Ormesson était également très émouvante car elle illustrait les relations profondes existant entre la France et l’Université de Jérusalem et au-delà avec Israël. Il faut se souvenir que 30 ans avant de recevoir le Prix Scopus, Jean d’Ormesson avait remis à l’Université l’épée d’académicien de Joseph Kessel conformément aux volontés de ce dernier. La cérémonie avait d’ailleurs eu lieu à la Maison de France. »

Et puis, il y a les visites à la maison mère.  « Les relations avec l’administration sont parfois compliquées, mais les professeurs sont tous extraordinaires. Il faut en faire la preuve en organisant des rencontres avec eux. Rien ne vaut un déplacement sur place pour convaincre de nouveaux donateurs. Il faudrait en initier davantage. Henri Hajdenberg du temps de sa présidence avait organisé une visite de l’université qui avait connu un franc succès. Parallèlement, il faudrait identifier les professeurs francophones et les faire venir en France et davantage utiliser le réseau des anciens élèves qui sont très motivés par l’Université. »

Aujourd’hui, l’Association souffle donc ses 60 bougies. Vivante et passionnée, elle contribue au rayonnement de l’université en France et au financement de beaux projets : le laboratoire de recherche sur la maladie de Parkinson au sein de l’ELSC, des projets sur l’alimentation saine, sûre et durable, et des innovations technologiques qui destinées à préparer le monde de demain, améliorer notre vie et protéger notre planète.

 

Rédaction et photos : Catherine Dupeyron