Deux professeurs de HUJ reçoivent le Prix d’Israël 2019

Le grand linguiste Aharon Maman et le fameux archéologue Amnon Ben Tor, tous deux Professeurs de l’Université hébraïque de Jérusalem ont reçu le Prix d’Israël, l’une des distinctions les plus prestigieuses du pays.


C’est désormais une tradition bien établie : chaque Fête de l’Indépendance - Yom Haatsmaout - se termine par la cérémonie de remise des Prix d’Israël à un certain nombre de personnalités ayant œuvré pour leur pays. Et chaque année, à cette occasion, des professeurs de l’Université hébraïque reçoivent cette distinction qui est l’une des plus prestigieuses du pays. L’année 2019 n’y fait pas exception. Le 9 mai dernier, sur dix personnes récompensées, deux étaient des professeurs de l’Université : le grand linguiste Aharon Maman et le fameux archéologue Amnon Ben Tor.

Un des plus grands linguistes israéliens

Le Professeur Aharon Maman a reçu le Prix d’Israël pour l’étude des langues, de la littérature et de la culture populaires juives. Il a fait une partie de sa carrière à l’Université hébraïque où il avait d’abord fait ses études de langue (hébreu, arabe) et de littérature arabe.

Aharon Maman est l’un des plus grands linguistes du pays alors qu’il est né au Maroc en 1947 et a immigré en Israël à l’âge de 16 ans. Il est vice-président de l'Académie de la langue hébraïque et membre du conseil d'administration de l'Union mondiale des études juives. En 2013, il a été élu président de la Société d'études judéo-arabes et en 2016, il a été membre du Comité Biton pour l'enrichissement de l'héritage des juifs séfarades, du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord dans le système éducatif israélien.

Lors de la réception de ce prix, le Professeur Maman a déclaré : « C’est mon travail de documenter tout ce qui peut être documenté, de sauvegarder ce qui peut être sauvé, avant que ces langues ne disparaissent. Dans les générations futures, si les gens veulent savoir quelle langue parlaient les pères de leurs pères, ils pourront le lire dans des livres et en entendre parler. »

Prix d’Israël de père en fils

Amnon Ben Tor, lui, est né en 1935 en Israël de parents ayant fui l’Allemagne nazie dès 1934. Yaacov, son père, physicien, change alors de métier. Avant même la deuxième Guerre mondiale, il devient géologue au sein de l’Université hébraïque de Jérusalem et il sera, lui-même, récipiendaire du Prix d’Israël en 1955 pour les Sciences de la Vie. Plus d’un demi-siècle plus tard, son fils, le professeur Amnon Ben Tor, archéologue, a reçu le prix de la géographie, de l'archéologie et de la recherche sur la Terre d'Israël. Il est professeur émérite de l’Institut d’Archéologie basé sur le campus du Mont Scopus de l’Université. Le département archéologie de l’Université créé en 1934 fut le premier du pays et resta le seul jusques dans les années 60.

Amnon Ben Tor a eu le privilège de faire ses premières fouilles aux côtés de Yigal Yadin, figure légendaire de l’histoire d’Israël tant sur le plan militaire qu’archéologique. C’était sur le site de Tel Hazor, au nord du Lac de Tibériade, dans les années 1955-1958. Ben Tor y retournera dans les années 90 et contribuera largement à ce que Tel Hazor devienne un parc national archéologique majeur du pays accessible au grand public. Par ailleurs, Tel Hazor a été inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco en 2005. A propos des fouilles menées dans les années 50, Ben Tor a précisé : « On voulait prouver à nous et au monde que nous appartenions bien à ce pays, que nous en faisions partie. En un sens, c’est assez triste, aucune nation dans le monde n’a jamais eu de telles obligations. »

Cependant, dans le débat récurrent sur la validité scientifique de la Bible, Ben Tor a une position médiane. Pour des raisons politiques ou religieuses, certains la refusent catégoriquement, d’autres au contraire l’utilisent comme un cadastre. Ben Tor, lui, reste un scientifique à part entière. S’il pense que le royaume unifié de David et la conquête de la terre d'Israël sont des faits vraisemblables, il souligne que le récit biblique est façonné par la théologie et ne doit pas être pris pour argent comptant sans un travail archéologique strict permettant de comparer le texte à la réalité des découvertes sur le terrain.

 

Rédaction : Catherine Dupeyron