Nouvelle pour les écologistes: des chercheurs contredisent les théories existantes sur la relation entre les habitats naturels et la diversité des espèces

 

Préserver la biodiversité: une forêt tropicale humide typique - Daintree National Park, Queensland, Australie

 

Jérusalem, le 27 décembre 2012

De nouvelles études conduites à l’Université de Jérusalem contredisent l’idée que l’hétérogénéité de l'habitat fait augmenter le nombre d'espèces.

Comment un mètre carré de prairie peut-il contenir des dizaines d'espèces de plantes? Quels facteurs déterminent le nombre d'espèces qui vivent dans un écosystème? La revue Science a défini ces dernières questions comme faisant partie de l’une des 25 plus importantes énigmes scientifiques non résolues, à la fois en raison de son importance dans la compréhension de la nature mais aussi en raison de l’enjeu entre les écosystèmes naturels et la survie de l'humanité. La valeur des biens et services fournis par les écosystèmes naturels dépasserait le PIB de notre planète.

Depuis plus de 50 ans, les théories écologiques traditionnelles affirmaient que le nombre d'espèces qui pouvait coexister dans une zone donnée augmentait en fonction de l'hétérogénéité des conditions environnementales de leur habitat. Cette hypothèse a été examinée dans une étude menée par les étudiants : Allouche Omri et Michael Kalyuzhny, guidés par le Professeur Ronen Kadmon de l'Institut Alexander Silberman des Sciences de la Vie à l'Université de Jérusalem, en collaboration avec le Professeur Gregorio Moreno-Rueda et le Professeur Manuel Pizarro de l'Université de Grenade.

Les chercheurs affirment que dans un environnement hétérogène, où il existe beaucoup de types différents d'habitats, il y a également moins de ressources et moins de surface adéquate pour chaque espèce, ce qui les rend plus vulnérables à l'extinction locale. Cela conduit à l'hypothèse que l'hétérogénéité excessive des habitats peut engendrer la réduction du nombre d'espèces.

Cette hypothèse a été examinée à l'aide de modèles mathématiques et d’analyses empiriques d’écosystèmes naturels. Leurs résultats ont été examinés par une méta-analyse de plusieurs dizaines de données d'espèces végétales et animales de différentes localités à travers le monde. La conclusion de ces recherches est que l’hétérogénéité d’un l'habitat pouvaient augmenter le taux d'extinction des espèces et donc de réduire le nombre d'espèces qui peuplent l'écosystème.

Ces nouvelles données sont très importantes pour la conservation de la biodiversité, puisque la pratique actuelle est de conserver les zones d'hétérogénéité maximale de l'habitat et même de prendre des mesures visant à accroître cette hétérogénéité. L'étude montre que cette approche conventionnelle peut conduire à des conséquences négatives, en particulier dans le cas des paysages de taille limitée, ce qui est typique des réserves naturelles.

Les écosystèmes et les espèces qui les composent sont sous la pression croissante de l'activité humaine. Dans ces conditions, une gestion habile et intelligente des paysages naturels est essentielle. Cette étude fournit des informations importantes pour la sélection et la gestion des aires de conservation.

L'étude « Area–heterogeneity tradeoff and the diversity of ecological communities », a été publiée dans les Actes de l'Académie Nationale des Sciences. Elle a été financée par la Fondation des Sciences Israéliennes et par le Ministère israélien des Sciences et de la Technologie.