LES DIFFÉRENCES CULTURELLES NE DÉTERMINENT PAS NÉCESSAIREMENT LES RÉSULTATS DE NOS ACTIVITÉS

Les différences culturelles ne déterminent pas nécessairement les résultats de nos activités, disent les chercheurs

Une hypothèse, généralement admise dans diverses disciplines académiques, est que la façon dont les gens effectuent diverses activités quotidiennes - marcher, nager, porter des charges, etc.. - est culturellement déterminée. Mais, la question demeure : ces caractéristiques culturelles, s’agissant de diverses activités motrices, déterminent-elles aussi les résultats des efforts faits par les personnes?

Une étude portant sur une collaboration originale entre l'archéologie, l'ethnologie et les sciences du mouvement humain indique que les approches culturelles différentes ne produisent pas nécessairement des résultats différents pour ces tâches.

Ces résultats, démontrant que l'identité culturelle d'un groupe social ne peut pas être réduite à l’examen de la forme d'une pièce en céramique, sont un exemple de mise en garde destiné aux archéologues. Par conséquent, les conclusions de l’analyse morphologique d’une céramique antique doivent être complétées par d'autres analyses quant au matériau et aux représentations.

L'étude menée par des chercheurs de l'Université de Jérusalem, de France et d'Australie a été publiée dans la revue américaine PLoS One. Les chercheurs impliqués dans le projet sont le Dr Leore Grosman et le Dr Enore Gandon du Laboratoire d’Archéologie informatisé de l'Institut d'Archéologie de l’Université de Jérusalem, le Dr J. Reinoud Bootsma de l'Institut des Sciences du Mouvement de l'Université d'Aix-Marseille, France et le Dr John A. Endler du Centre intégratif de l'Ecologie, de l'Université de Deakin, en Australie.

Dans leur travail, les chercheurs se sont concentrés sur des poteries françaises et indiennes représentant des lancers de roues. Les expériences de terrain ont été mises en place avec les potiers experts dans des ateliers du centre de la France (Bourgogne) et du nord de l'Inde (Uttar Pradesh). Tous les participants (9 Français et 6 Indiens) ont été invités à reproduire une forme commune (une sphère) avec deux masses différentes d'argile.

On a identifié et enregistré les différentes positions de la main et des mouvements, que les potiers ont traduits en argile. En outre, les objets réalisés ont été caractérisés sur le plan géométrique et classés selon leur degré de similitude. Comme prévu, les résultats ont révélé une influence culturelle sur l'habileté des potiers. Sur un total de 62 positions différentes de la main qui ont été identifiées, 44% étaient spécifiques à la culture du potier (uniquement français ou indien) et seulement 27 % partagées entre les deux cultures, 29% étaient individuelles.

En d'autres termes, la plupart des positions de la main étaient culturelles, les autres étant soit interculturelles ou individuelles. Pourtant, les grandes différences culturelles dans les positions de la main ne donnent pas lieu à des différences notables sur les formes des objets produits. Ainsi, pour le modèle simple sphérique sélectionné, les traditions motrices culturellement spécifiques des potiers français et indiens ont donné lieu à un résultat équivalent largement unifié dans la forme.

Par cette nouvelle approche, les chercheurs sont convaincus qu'ils ont ouvert une nouvelle voie pour évaluer l'aspect culturel de la motricité humaine par l'introduction dans le processus une mise en garde contre la caractérisation trop rapide.