« La vocation de l’université est d’enseigner à tous, de garantir une coexistence pacifique et de respecter le pluralisme des idées. »

Ces dernières semaines, l’Université a été entraînée dans une polémique concernant le port de l’uniforme militaire sur ses campus. Retour sur un incident qui a fait couler beaucoup d’encre. Que s’est-il vraiment passé ? Loin de la controverse, et au plus près des faits.

 

Sur le Mont Scopus, à l’Université hébraïque de Jérusalem, l’année a commencé par une polémique. De quoi s’agit-il ? Le 1er janvier 2019, une conversation a lieu entre une enseignante de l’université, Carola Hilfrich - professeur de littérature comparée et d’études culturelles qui enseigne à HUJ depuis 18 ans - et une étudiante qui, comme d’autres, vient dans son uniforme de soldate à l’université. La discussion concerne le port de l’uniforme à l’université et l’impact qu’il peut avoir sur la perception que les étudiants en civil ont de ceux qui sont en uniforme sur le campus. Rien de plus.

Pourtant, filmé par un inconnu et à l’insu des protagonistes, cet échange va être diffusé le soir même au journal de 20 h du 1er janvier sur la chaîne publique Khan 11 sans vérification préalable. L’enseignante et l’Université y sont clairement discréditées. Dans la foulée, plusieurs pétitions signées par des milliers de personnes demandent le renvoi de l’enseignante. Sur le campus universitaire d’Hertzlia IDC, les étudiants manifestent de manière très ostentatoire en venant tous en uniforme !  L’ampleur prise par cette affaire nécessitait des mises au point.

Celles-ci ont été faites, dès le lendemain, par l’université à travers un communiqué. « Nous respectons tous les étudiants y compris ceux qui viennent étudier pendant leur service militaire. (…) L’université et la maître de conférences s’excusent auprès de l’étudiante qui s’est sentie blessée. » Mais, cela ne suffit pas à éteindre la polémique.

Nicole Hochner, directrice du programme Etudes culturelles qui chapeaute l’enseignante et connaît bien la soldate - qui est, par ailleurs, spécialiste de l’histoire culturelle et politique de la France -, a accordé nombres d’interviews dans les médias israéliens pour rétablir la vérité. « L’Université doit défendre des valeurs de vérité contre les déformations mensongères qui la délégitimisent. Car, dès lors que l’université est délégitimée, au-delà de l’institution c’est toute la recherche qui l’est. Il est donc essentiel de rectifier la réalité des faits.»

 

Nicole Hochner, directrice du programme Etudes culturelles

Elle précise : « Contrairement à ce qui a été écrit ou dit, ici et là, aucune étudiante arabe n’a insulté la soldate en raison de son uniforme préalablement à la discussion entre l’étudiante et Carola Hilfrich. Quant à cette dernière, elle n’a absolument pas interdit à la soldate de mettre son uniforme, ni ne l’a insulté. De surcroît, c’est l’étudiante qui a initié cette conversation en raison d’un malaise qu’elle ressentait au sein de ses camarades, malaise qu’elle a attribué elle-même au port de l’uniforme. Et c’est uniquement parce qu’elle a été interpellée à ce sujet, que Carola Hilfrich s’est attardée après son cours pour lui expliquer que le fait de venir en uniforme n’était pas neutre et qu’elle ne devrait pas s’étonner que cela puisse induire une attitude, un mot ou un regard particuliers voire, parfois, hostiles à son égard. Or, toute personne qui fait l’armée, quelles que soient ses opinions politiques, sait qu’elle représente plus qu’elle-même, que ce soit à l’université, dans le bus ou dans la rue … Bien évidemment, tous les étudiants sont les bienvenus à l’Université qu’ils soient en uniforme militaire ou pas, de gauche ou de droite, religieux ou laïcs, juifs ou arabes, israéliens ou étrangers… Mais, cette pluralité ne plaît pas à tout le monde. Certaines populations ont vu leur poids augmenté au sein de l’Université, notamment les ultra-orthodoxes, les Arabes et les étudiants asiatiques non juifs. C’est un campus unique au monde. Pour moi, cette pluralité est une bénédiction autant qu’un défi académique. Nous soutenons tous les étudiants quels qu’ils soient et il va sans dire que nous faisons beaucoup pour ceux qui font leur milouim (NDLR : période de réserve dans l’armée). La vocation de l’université est d’enseigner à tous, de garantir une coexistence pacifique et de respecter le pluralisme des idées. »

En effet, l’Université hébraïque de Jérusalem, comme toute université qui se respecte dans un pays démocratique, accueille tout le monde à savoir quelques 23 000 étudiants par an de 70 nationalités, de toutes religions et représentant toutes les populations d’Israël. Des désaccords existent souvent, des tensions peuvent émerger parfois mais elles restent verbales. La parole y est libre. Et s’il en était autrement, l’Université hébraïque de Jérusalem ne mériterait plus son nom d’université.

 

Rédaction : Catherine Dupeyron

 

 

 

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