Hommage à Meir Shamgar, immense juriste et ancien étudiant de l’Université hébraïque

Meir Shamgar, l’un des plus grands juristes israéliens si ce n’est le plus grand depuis la création de l’Etat, a tiré sa révérence le 19 octobre dernier à l’âge de 94 ans. Sa carrière exemplaire au sommet de l’Etat a été saluée par toute la classe politique, de gauche à droite. L’homme était réputé pour son honnêteté intellectuelle, son calme, sa clarté, sa tolérance, son souci des droits de l’homme, sa capacité d’écoute et de décision. Il a façonné les contours de chacun des postes qu’il a occupés, que ce soit celui d’avocat général de Tsahal, de conseiller juridique du gouvernement et bien sûr celui de président de la Cour suprême de 1983 à 1995. A chaque fois, il a établi des règles, observées jusqu’à aujourd’hui, toutes destinées à préserver la justice d’une quelconque ingérence politique. Pour le Président Réouven Rivlin, qui lui a rendu hommage lors de ses funérailles, Shamgar était « l'architecte de la loi » et il a aidé plusieurs institutions juridiques israéliennes à forger leur cadre d’exercice de manière pérenne.

 

Président Réouven Rivlin et Meir Shamgar

 

Shamgar a également présidé plusieurs importantes commissions d’enquêtes dont notamment celle qui fut mise en place en 1994 sur le massacre au Caveau des Patriarches de Hébron commis par Barouh Goldstein et celle créée en 1995 sur l’assassinat du Premier ministre Itzhak Rabin commis par Igal Amir. 

L’une de ses grandes fiertés était d’avoir instauré le droit pour les Palestiniens de Cisjordanie et Gaza de porter plainte devant la Cour Suprême, considérant qu’ils avaient ce droit puisqu’ils étaient gouvernés par l’Etat d’Israël.

Meir Shamgar était né Meron Sternberg en 1925 à Dantzig – aujourd’hui Gdansk. Il arrive en Palestine en 1939 avec ses parents, échappant ainsi à la Shoah. Très jeune, il s’engage dans l’Irgoun, le mouvement clandestin dirigé par Menahem Begin, pour lutter contre les Britanniques. Une voie radicale qui semble éloignée de celle qu’il suivit ensuite, mais l’époque était celle du combat et de la création de l’Etat. En 1944, les Britanniques l’arrêtent et l’envoient dans une prison en Erythrée. C’est là qu’il commence à étudier le droit en suivant des cours par correspondance avec l’Université de Londres, ce dont il sera toujours reconnaissant aux Anglais. Libéré, il complète sa formation à l’Université hébraïque de Jérusalem où il étudie la philosophie et l’histoire. Il décide de changer son patronyme alors qu’il est juriste au sein de l’armée et il choisit Shamgar, emprunté au livre des Juges !

Comme nombres d’autres personnalités qui ont étudié à l’UHJ, il reçoit le Prix d’Israël en 1996 pour saluer l’ensemble de sa carrière et sa contribution à la société israélienne. Mais, ce Prix, décerné alors qu’il a 71 ans et vient de prendre sa retraite, ne l’a pas empêché de continuer à oeuvrer pour l’Etat d’Israël en militant pour la rédaction et l’adoption d’une constitution. C’est peut-être l’un de ses rares échecs, puisque celle-ci fait toujours défaut aujourd’hui. A ce sujet, il écrivait : « Le meilleur moyen de garantir en Israël les droits et les devoirs, les obligations et les limitations, les prescriptions et les normes consiste à les définir clairement sous une forme écrite dans une constitution détaillée. »

 

Rédaction : Catherine Dupeyron